Lola Montès enfin restauré

 

À l’instar de Georges Mélies, Jean Renoir, Abel Gance ou encore de Jacques Tati, que l’on pourrait distinguer par leur esprit inventif, Max Ophuls occupe une place privilégiée dans l’histoire du cinéma. En réalisant Lola Montès, malgré le succès de ses trois précédents films, le cinéaste – dénigré par les uns admiré par les autres – provoqua des réactions sans précédent. Considéré aujourd’hui comme un film incontournable, Lola Montès, réalisé en 1955 puis raccourci et remonté à plusieurs reprises restera longtemps « invisible ». Parmi les multiples versions ayant existées de ce film, la Cinémathèque française a choisi de restaurer Lola Montès dans son montage initial en lui restituant couleurs, son et format d’origine. Elle y est parvenue grâce aux technologies numériques et à l’aide des éléments mis à disposition par plusieurs archives cinématographiques. Pour faire des choix de restauration, il fallait préalablement comprendre les difficultés techniques et artistiques auxquelles Max Ophuls fut confronté et remonter l’histoire mouvementée de cette œuvre étonnante.

Lola Montès est annoncé comme un grand film historique en costume. Les productions, dont la filiale française dirigée par Albert Caraco, demandent à Max Ophuls de tourner le film en couleur, en Cinemascope et en trois langues (français, allemand et anglais) pour une exploitation prestigieuse et internationale. Max Ophuls accepte les exigences de ses producteurs (et réalise ainsi son premier film en couleur et en CinémaScope) tout en s’appropriant le projet pour en faire avant tout une œuvre très personnelle.

Dès son engagement en été 1954, Max Ophuls travaille lui-même sur le scénario, qui confirme tout de suite la volonté du réalisateur d’exercer un réel contrôle artistique. Il signe un texte original construit sur une série de flash-back annonçant une réalisation périlleuse et un jeu d’acteur inhabituel. Par ailleurs, il élabore soigneusement les couleurs, offrant aux quatre saisons qui découpent le film une dominante particulière. Enfin, il utilise des caches pour resserrer son cadre, s’offrant une liberté supplémentaire. 

Max Ophuls retrouve ses proches collaborateurs : son assistant Ulrich D. Pickardt, Christian Matras le directeur de la photographie assisté au cadre par Alain Douarinou, Jean d’Eaubonne le décorateur et George Annenkov, qui dessinera l'ensemble des costumes à l'exception des robes de Martine Carol. L'actrice impose Marcel Escoffier qui conçoit des tenues plus classiques mais particulièrement soignées : manches longues et col fermé afin de dissimuler toute tendance érotique. Deux de ces robes sont conservées à la Cinémathèque française. Au contraire, George Annenkov, provocateur et connaissant bien l'univers et l'ironie de Max Ophuls, propose des costumes étranges dissimulant les visages. Il habille les nains, les lilliputiens et les géants du cirque, contribuant ainsi à l'univers fantasmagorique du film.