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Dans un entretien accordé à François Truffaut et
Jacques Rivette, peu après la sortie de Lola Montès dans les salles en décembre 1955, voici ce que disait
Max Ophuls : « J’ai vu hier la version anglaise de Lola qu’on a essayé de terminer derrière mon dos, pendant
que j’étais en vacances en Allemagne. L’attitude du
directeur général de Gamma Film me semblait déjà
très suspecte, parce qu’il me téléphonait tout le temps
en me disant : ‘‘Reposez-vous bien, je vous prie, reposez-
vous bien !’’. J’ai vu les coupures, c’est incroyable ;
à croire que les gens qui font ça, non seulement manquent
de respect envers ce que vous avez fait, mais ne
savent même pas lire. [...] La maison de production de Lola n’a pas voulu ce film, n’a jamais connu ce film. » (Cahiers du cinéma, n° 72, Juin 1957).
Dans l’histoire du cinéma, Lola Montès tient bien
son rang de film charcuté, trafiqué, non conforme aux
voeux de son auteur et réalisateur Max Ophuls. Chacun
sait que ce film fit scandale lors de sa sortie à Paris.
Certains critiques, Truffaut en tête, en firent leur cause
(« Faudra-t-il combattre, nous combattrons. Faudra-t-il polémiquer, nous polémiquerons ! », écrivait-il
dans Arts), rejoint par des cinéastes de renom tels
Rossellini, Cocteau, Jacques Becker, Jacques Tati et
quelques autres qui signèrent un manifeste en faveur
du film. Dès lors, plus jamais le film ne fut montré tel
que Max Ophuls l’avait conçu, rêvé, imaginé, réalisé.
C’est ce défi que nous avons voulu relever. Avec
la complicité de Laurence Braunberger, ayant-droit
du film (via les sociétés de son père, le producteur
Pierre Braunberger, qui acquit les droits du film en 1966), le soutien efficace et indéfectible de la Fondation
Thomson, le concours sans réserve du Fonds
Culturel Franco Américain, la Cinémathèque française
a entrepris la restauration numérique de Lola Montès,
pour en retrouver les couleurs et le son d’origine, dans
la version première voulue par son auteur.
Cette restauration a été une aventure complexe et
exaltante menée sous l’aile protectrice et bienveillante
de Marcel Ophuls. Elle n’aurait pu être menée à
bien sans le concours de L’Oréal et d’agnès b. Projeté
en avant-première dans le cadre du Festival de
Cannes en mai 2008, Lola Montès réapparait dans
son écrin de couleurs, fruit d’une véritable résurrection
technique. Le public d’aujourd’hui a la chance
de découvrir un chef-d’oeuvre de l’Histoire du cinéma.
Costa-Gavras, Président : Serge Toubiana, Directeur général de la Cinémathèque française
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