Lola Montès enfin restauré


Suite au scandale et pour faire face à l’échec commercial annoncé, le film subit de nombreuses modifications. Ainsi, le film a existé dans trois différents montages : la version originale de décembre 1955, un deuxième montage présenté dans les salles en février 1956 et un troisième – irrecevable – exploité un an plus tard à partir de février 1957.

Quelques semaines après les débuts de l’exploitation du film, la production oblige Max Ophuls à raccourcir son film et à modifier considérablement le mixage en supprimant entre autre les dialogues allemands pour les remplacer par des voix françaises postsynchronisées. Le film ressort ainsi en février 1956 pour soit disant s’accorder au goût du public. Toutes ces modifications ont été réalisées pour faire du film un objet plus lisse et plus accessible au spectateur : le récit est écourté, moins compliqué et insiste moins sur la détresse de Lola. L'une des premières coupes est la réponse "16 ans, Madame" de la jeune Lola lorsque, dans le dortoir du bateau, la stewardess lui demande son âge (voir le document ci-contre). Marcel Ophuls raconte que le public se serait moqué du peu de crédibilité de la scène. Cette courte bande son est le seul élément que la Cinémathèque française n'a pas retrouvé pour la restauration du son.

Malgré ces changements, le film reste un échec commercial et un troisième montage est effectué contre la volonté du réalisateur. Lola Montès est cette fois-ci raccourci de plus de vingt minutes et remonté dans un ordre chronologique, supprimant le montage alterné entre le cirque et les flash-back. Une voix off de Lola Montès racontant au passé sa vie tumultueuse modifie le sens de l’histoire. La même année, le film sort en Angleterre sous le titre The Fall of Lola Montes, puis en 1959 aux États-Unis intitulé The Sins of Lola Montes. Les montages de ces deux versions étrangères se rapprochent de celui réalisé en 1957, sans plus de respect pour l’œuvre originale.

Max Ophuls meurt le 25 mars 1957 à Hambourg, après le massacre de son film. L’historien Jean-Pierre Berthomé, dans le numéro 34/35 de la revue 1895 consacrée à Max Ophuls publie un article détaillé sur le tournage du film. Il conclut son texte par ces mots : « Le drame de Lola Montès n’est pas dans les vicissitudes de sa production, mais dans celle de sa distribution. Il ne fait guère de doute que, au prix des rudes efforts exigés de tous, c’est bien la Lola dont il avait rêvée qu’Ophuls a pu livrer au public de 1955 ».

La restauration du film