|
Max Ophuls est né le 6 mai 1902 à Sarrebrück sous le nom de Max Oppenheimer. Issu d’une famille d’industriels, il se refuse à travailler dans l’entreprise familiale. Après des études classiques, il entame en 1920 une carrière prolifique dans le théâtre, avec lequel il entretiendra toute sa vie une relation très forte.
Acteur dans un premier temps, il joue par exemple à Stuttgart sous la direction de Fritz Holl, qui lui trouve son pseudonyme et l’influencera fortement pour la suite de sa carrière. Il devient ensuite l’un des metteurs en scène les plus prisés de son époque, se partageant entre l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. A Dortmund d’abord, puis à Elberfeld-Barmen, où, jusqu’en 1925, il dirige quelques 200 pièces et opérettes. Il travaille simultanément comme critique dans des revues théâtrales, et pour la radio à travers l’écriture de multiples sketches. En 1926, il rejoint le Burgtheather de Vienne, où il rencontre et épouse l’actrice Hilde Wall, qui met au monde leur fils Marcel l’année d’après. Suivent des collaborations avec le nouveau Théâtre de Francfort, puis Breslau et enfin Berlin. Max Ophuls monte ainsi Shakespeare, Goethe, Ibsen, Zweig, Molière ou encore Gogol.
On retrouve dans ses mises en scènes des caractéristiques qui reparaîtront plus tard dans ses films. Ainsi, un sens particulier du rythme, une prédilection pour le mouvement perpétuel, sorte de fluidité et de simultanéité entre les lieux, les décors, les personnages, composent d’ores et déjà un style très marqué qui imprègne toute son œuvre.
Ophuls aborde le cinéma à l’aube du parlant, comme dialoguiste-traducteur sur un film d’Anatole Litvak, Nie wieder Liebe (Calais-Douvres, 1930). En 1931, il répond à une commande de la UFA et réalise un moyen-métrage pour enfants, Dann schon lieber Lebertran (On préfère l’huile de foie de morue). Vient ensuite Die Verkaufte Braut – La Fiancée vendue, d’après un opéra de Smetana. Mais c’est surtout Liebelei, tourné en 1933, en deux versions allemande et française, qui le fait connaître en France. Le film marque sa première rencontre à l’écran avec l’univers du dramaturge viennois Arthur Schnitzler. On y décèle déjà son goût pour le romantisme et la nostalgie, ainsi qu’un sens aigu de l’arabesque poétique. Ophuls avouera d’ailleurs par la suite sa tendresse et sa préférence pour ce film parmi ses différentes réalisations, un film «simple, calme et tranquille». (1)
L’avènement du nazisme le force à fuir l’Allemagne en 1933, et il choisit en 1935 de prendre la nationalité française. Ophuls tourne alors à Rome avec Isa Miranda La Signora di tutti, ou le drame d’une vedette surmenée, puis en Hollande La Comédie de l’argent (Komedie vom geld) en 1936. Pendant cette période d’avant-guerre, il signe quelques œuvres empreintes d’humour (La Tendre ennemie, 1935) ou de mélancolie : Yoshiwara (1937), film aux parfums exotiques qui relate l’histoire d’une jeune geisha, puis Le Roman de Werther (1938) d’après l’œuvre de Goethe, et enfin Sans lendemain (1939). Edwige Feuillère y tient le rôle d’une jeune mère parisienne contrainte de jouer les entraîneuses et finalement conduite au suicide. Ophuls dirige à nouveau la comédienne l’année suivante dans De Mayerling à Sarajevo. Elle y incarne la Comtesse Sophie, épouse de l’Archiduc François-Ferdinand, dans une fresque historique qui retrace les vingt dernières années de l’Empire autrichien. Mais le tournage est interrompu par la guerre. Max Ophuls, mobilisé dans l’armée française, rejoint un temps les tirailleurs algériens, avant de revenir achever le film en février 1940. Démobilisé, il commence en 1941 l’adaptation de L’Ecole des femmes avec Louis Jouvet, rencontré pendant l’Exode. Mais il n’en tournera qu’un seul plan, le producteur abandonnant le projet faute de moyens et de confiance.
De nouveau contraint à l’exil après l’armistice, Max Ophuls quitte la France pour les Etats-Unis. Il entame alors une parenthèse hollywoodienne d’abord marquée par une longue période d’inactivité jusqu’en 1946. Cette année-là, il dirige Douglas Fairbanks Jr. dans L’Exilé. En 1948, il adapte Stefan Zweig avec Lettre d’une inconnue, sa «Libelei américaine», avec Joan Fontaine et Louis Jourdan : un film aux accents nostalgiques et tendres qui reflète une fois encore l’essence de la pensée ophulsienne. En 1949, il réalise Caught, film noir interprété par James Mason, bien plus typiquement hollywoodien de par sa distribution et sa touche mélodramatique, mais qui offre également quelques références à Orson Welles.
De retour en France, il donne la pleine mesure de son talent avec les quatre films majeurs de son œuvre : La Ronde (1950), l’un des plus grands succès commerciaux d’après-guerre, Le Plaisir (1951), d’après Maupassant, Madame de… (1953) d’après Louise de Vilmorin et enfin Lola Montès, en 1955. Tout l’art et le génie d’Ophuls s’y trouvent mêlés, dans une parfaite synthèse des toutes ses expériences précédentes. A nouveau inspirées par la littérature, ces œuvres pleines d’exubérance et de charme poétique confirment un cinéaste fasciné par la femme, qu’elle soit fragile, amoureuse, légère ou meurtrie. Un rôle qu’il offre par trois fois à Danielle Darrieux : elle saura mieux qu’aucune autre incarner à l’écran le véritable double féminin du réalisateur.
En fin moraliste, Ophuls décrit en effet constamment le destin des femmes confrontées à une société perverse et cruelle. Il est considéré comme un virtuose de la mise en scène, qui aime promener sa caméra dans des mondes d’artifices et de faux-semblants à la faveur d’incessants travellings. Pour leur foisonnement, leur luxuriance décorative, ses films sont d’ailleurs souvent qualifiés de baroques, et ce n’est pas un hasard si Ophuls montre une nette prédilection pour les films en costumes. Epris du mouvement, celui de ses personnages ou celui des passions amoureuses, Ophuls affiche une personnalité et un style originaux.
La perfection formelle de Lola Montès vaut en outre par un traitement audacieux de la couleur et par l’utilisation habile du Cinémascope. Mais le film ne rencontre pas à sa sortie le succès escompté et précipite d’une certaine façon la fin de la carrière du réalisateur. Affaibli par des problèmes cardiaques, Ophuls ne peut s’opposer aux nombreuses coupes et remaniements opérés par les producteurs. Il désavoue totalement cette nouvelle version ; le film deviendra pourtant un peu plus tard un grand classique encensé par la critique.
De retour en Allemagne, Max Ophuls monte au Schauspiel Theather de Hambourg La Folle journée, une version du Mariage de Figaro de Beaumarchais qu’il a lui-même traduite et adaptée. La pièce connaît un réel triomphe. Durant l’été 1956, il s’attelle avec Henri Jeanson à l’écriture d’un scénario retraçant la vie du peintre Modigliani. C’est « Les Montparnos », dont le rôle principal est destiné à Gérard Philipe. Max Ophuls ne peut mener à bien le projet, qui sera repris par Jacques Becker sous le titre de Montparnasse 19. Il s’éteint à Hambourg le 26 mars 1957.
(1) in Souvenirs - Paris : Cahiers du cinéma : Cinémathèque française, 2002
Retrouvez plus d'informations sur Max Ophuls en consultant CinéRessources et le fonds Max Ophuls de notre Espace Chercheur
|
 |