Lola Montès enfin restauré

La première étape de la restauration consista à réunir à la Cinémathèque française tous ces éléments photochimiques et à comprendre à travers l’étude des pellicules les étapes de tirage et de développement du film. Ces éléments ont été analysés par des documentalistes de la Cinémathèque française, puis envoyés au laboratoire Technicolor. Un cahier des charges précis a été établi, décrivant plan par plan les éléments à retenir pour la restauration. A cette étape de la restauration, François Ede, spécialiste des histoires des laboratoires, a été sollicité pour de précieux conseils techniques, afin de comprendre le processus de tirage photochimique.

Tous ces éléments photochimiques, numérisés par le laboratoire Technicolor en 2K sous la supervision de Tom Burton, étaient plus ou moins complets et de générations différentes. Le négatif original a sustématiquement été favorisé mais cet élément étant incomplet, il a également fallu utiliser les sélections monochromatiques (tirées en 1955 à partir de ce négatif original).

Certaines séquences incomplètes n’ont pu être reconstituées qu’en combinant ces deux différentes sources. L’harmonisation d’éléments photochimiques de générations différentes s’annonçait difficile, mais grâce aux procédés numériques, peu de différences sont effectivemment notables. Sept plans du film, se retrouvaient sans négatif original ni sélections monochromatiques. Il a fallu donc utiliser, non sans difficulté, une copie de travail. Cet élément n’étant plus un élément de tirage, mais un positif, le laboratoire Technicolor s’est retrouvé face à un véritable enjeu pour intégrer ces plans.

Par ailleurs, les pellicules étaient dans des états physiques très divers : dégradées (usures, cassures, rayures, taches, collures) et avec des défauts photochimiques importants (taches photographiées, problèmes de registration, anneaux de Newton). Le négatif original était particulièrement détérioré à cause des manipulations et des montages successifs. Les plans particulièrement abîmés ont nécessité une restauration image par image manuelle. Par ailleurs, les fondus réalisés en 1955, particulièrement dégradés, réagissaient mal à la numérisation. Les images trop granuleuses introduisaient en effet des artéfacts numériques considérablement perturbants. La solution a été alors d’utiliser des bandes monochromatiques avant le trucage, et de reconstituer à l’identique les fondus les plus problématiques.

Un autre exemple complexe de restauration numérique s’est posé lorsqu’il manquait, sur le négatif, une ou deux images au début ou à la fin de certains plans : un problème lié aux multiples remontages qui obligeaient les monteuses à couper dans l’image pour recoller les plans entre eux. Afin de ne pas modifier la bande son, il a fallu compléter ces plans et reconstituer les images manquantes, soit en les prenant dans les sélections monochromatiques soit en dupliquant l’image précédente ou suivante. Dans certains cas, il était nécessaire, au-delà de la duplication, de retoucher l’image afin de conserver la dynamique du plan. Le laboratoire a alors retravaillé la gestuelle d’un bras ou d’une jambe ainsi que le déplacement de la caméra afin de prolonger et conserver le mouvement original (et ce, en prenant comme modèle les plans complets des sélections, mais de moins bonne qualité).

Un cahier des charges listant la totalité des plans du film et précisant pour chacun d’entre eux, les supports disponibles, les défauts, la génération et l’élément privilégié, ainsi qu’une série de tests photochimiques et numériques a permis d’orienter tous les choix.