Lola Montès enfin restauré

Dernier chef d’œuvre de Max Ophuls, Lola Montès fut globalement rejeté par la critique et le public à sa sortie, en 1955. Pour faire face à l’échec commercial annoncé, le film subit de nombreuses modifications. Raccourci et remonté à plusieurs reprises, il exista dans trois différents montages : la version originale de décembre 1955, celle de février 1956 (dans laquelle les dialogues allemands sont remplacés par des voix françaises postsynchronisées) et enfin celle de 1957 (racontant l’histoire dans un ordre chronologique, accompagnée d’une voix off), version effectuée contre la volonté du réalisateur. Parmi les multiples versions du film ayant existé, la Cinémathèque française a choisi de restaurer le montage initial de Lola Montès, en lui restituant couleurs, son et format d’origine.

Les éléments photochimiques
La restauration de la première version, commencée en 2006, n’aurait pas été possible sans plusieurs éléments photochimiques conservés dans différentes archives : le négatif original incomplet (correspondant au montage de 1957), les sélections monochromatiques, une copie de travail conservée à la Cinémathèque de la Ville de Luxembourg. Enfin, la copie d’exploitation complète au format CinémaScope de la Cinémathèque Royale de Belgique (en mauvaise état, particulièrement fragile, avec des couleurs passées, mais avec tous les plans répertoriés) nous a servi de référence pour le montage. En savoir plus...

Reconstitution du film en numérique
Tous ces éléments photochimiques furent ensuite numérisés par le laboratoire Technicolor à Los Angeles sous la supervision de Tom Burton. Le numérique a permis d’harmoniser les images provenant de supports de générations différentes. Pour une série de sept plans notamment, nous n’avions à notre disposition qu’un élément positif difficilement compatible avec les autres sources. Les pellicules dégradées (usures, cassures, rayures, taches) avec des défauts photochimiques importants, ont nécessité parfois une restauration image par image. Certains fondus ont été refaits à l’identique à partir de plans non montés. Enfin, le numérique a permis de reconstituer des images manquantes, parfois jusqu’en retravaillant la gestuelle d’un bras, le déplacement de la caméra, etc. afin de prolonger et conserver le mouvement original. En savoir plus...

Retrouver le format CinemaScope d’origine
Le film tourné en CinemaScope fut projeté dans ce format large 2,55 pendant les premières semaines de son exploitation. Mais à partir de 1956, les nouvelles copies furent tirées dans un format réduit 2,35 pour être plus facilement exploitables. Elles sont alors plus largement diffusées dans les salles non équipées mais abandonnent de fait le format 2,55 et le son stéréophonique. L’un des enjeux de la restauration était de retrouver le format original de l’image, jusqu’alors empiétée sur un côté et par conséquent décentrée. Aujourd’hui restauré, le film peut être diffusé en numérique ou sur pellicule 35mm et dans les deux cas, nous retrouvons les proportions impressionnantes du CinemaScope. En savoir plus...

Le son stéréophonique
La restauration du son a permis de retrouver le montage et le mixage d’origine. Elle a été réalisée principalement à partir des quatre pistes magnétiques issues de premières copies CinemaScope et numérisées par la Cinémathèque de Munich lors de la restauration de la version allemande du film en 2002. La copie d’exploitation complète de la Cinémathèque Royale de Bruxelles fut utilisée comme son de référence. Beaucoup de variations sonores existent en effet entre les versions de Lola Montès, telles les répliques ou la musique, qui sont souvent enregistrées différemment. Par ailleurs, les bandes magnétiques couchées sur les copies se sont altérées avec le temps, démagnétisées et cassées à plusieurs endroits. Tous les défauts de la piste sonore ont été enlevés manuellement sur chacune des pistes, mais le mixage d’époque a été respecté avec ses imperfections, les sons inaudibles, les problèmes de synchronisation. En savoir plus...

Les couleurs d’origine
En 1955, Lola Montès faisait partie des vingt-quatre films en couleurs dont la plupart furent tournés en Eastmancolor. Max Ophuls avait précisé sur le scénario même, les contrastes et la tonalité qu’il souhaitait utiliser, en fonction des différents flash-back. La restauration numérique offre un échantillon de couleurs beaucoup plus large que ce que propose un étalonnage photochimique. C’est pourquoi la décision fut prise de tirer une copie travail correctement étalonnée à partir du négatif original. Cet étalonnage a permis de retrouver et de respecter les couleurs d’origine, en tenant compte des limites du procédé photochimique. En savoir plus...

Malgré toutes les recherches et notamment l’étude détaillée des éléments film disponibles, on se demande encore comment Max Ophuls a pu réaliser un tel film avec tant de contraintes techniques, se démarquant des formes convenues, associant l’intime et le sublime et annonçant trop brutalement peut-être un cinéma en pleine mutation. Lola Montès reste un mystère.